Organiser un brainstorming géant : l’innovation participative en pratique avec Nova-Ideo – Partie 2/2

4.4 La taille de groupe optimale

Dès qu’un groupe dépasse la dizaine de personnes, il est difficile pour ses participants de se connaître suffisamment les uns et les autres pour être en confiance, et donc être spontané et efficace. Non seulement les participants vont avoir des attitudes de mise en retrait, mais le nombre de discussions avant action va augmenter selon la factorielle du nombre de participants [5].

C’est contre-intuitif, mais pour retrouver l’efficacité d’un petit groupe de moins de 12 participants, il faudra dépasser la centaine de participants. Car, dans un grand groupe, on compensera la faible probabilité d’action par un grand nombre d’acteurs [6].

De plus, les participants d’un grand groupe cherchent à s’organiser, ce qui aboutit très souvent à un système hiérarchique pyramidal classique qui finit par étouffer les idées de sa base.

On tourne en rond, car l’embryon des bonnes idées et réponses vient de n’importe qui, et que pour qu’une idée, une question, une réponse, une proposition soient bonnes il faut les avoir travaillées collectivement pour refléter tous les points de vue.

La solution la plus simple est d’avoir plusieurs petits groupes travaillant en concurrence sur le même sujet, quitte à ce qu’un autre groupe fusionne les différentes propositions.

C’est pour cela que par défaut Nova-Ideo limite la taille d’un groupe à 12 participants, mais cela est paramétrable en ligne et permet d’expérimenter.

Chaque membre peut rejoindre un groupe de travail en cliquant sur le bouton Rejoindre le groupe, mais dès que la limite du nombre de participants est atteinte, le membre est ajouté sur la liste des candidats en attente d’une place. Le nombre maximum de groupes rejoint par un participant est lui même paramétrable, par défaut il est de 5.

4.5 Le travail itératif et les modes de co-écriture

Même si le groupe est de taille raisonnable, il est rare d’écrire du premier coup une proposition parfaite, cela est encore plus vrai quand plusieurs participants d’un groupe de travail coécrivent le texte. Bref, le travail doit être organisé en itérations ! Dès lors, différentes méthodes de développement ont montré la nécessité d’avoir des échéances « courtes ».

Nova-Ideo fait le pari de reprendre le mécanisme du « timeboxing » (temps limité) des méthodes agiles pour organiser les itérations, mais laisse le choix de la durée de ces itérations aux participants d’un groupe.

Fig. 6 : L’état du cycle itératif d’amélioration d’une Proposition est visible en cliquant sur l’onglet en bleu du processus.


4.5.1 Le choix du mode de travail et de la durée de l’itération

Pour chaque itération de travail, les participants votent la publication de la proposition ou le démarrage d’une nouvelle itération, et pour le cas où une nouvelle itération commencerait, ils votent sur la durée de l’itération et son mode de travail.

Actuellement, trois modes de co-écriture sont possibles : de type wiki sans validation, de type séquentiel avec validation, de type parallèle avec amendements. Ces modes seront détaillés par la suite.

Le but de ces modes de co-écriture est de permettre de converger vers une proposition faisant le consensus du groupe et publiée pour soutien.

Les modes sont activables selon le nombre de participants du groupe de travail.

Le fait d’axer le travail sur des cycles courts doit éviter l’enlisement d’un groupe de travail.

4.5.2 Le mode wiki (pas de validation des modifications)

Dans le mode de travail de type wiki, les modifications des participants n’ont pas besoin d’être validées par les autres participants du groupe de travail, dés l’enregistrement elles génèrent une nouvelle version de la proposition. Très simple, ce mode de fonctionnement convient dans 80 % des cas, mais son principal reproche est de donner une importance disproportionnée à la dernière modification et donc à la possibilité de jouer la montre avant le vote de publication.

4.5.3 Le mode avec validation

Le travail avec validation consiste pour chaque modification d’une proposition à la faire acceptée, rejetée ou modifiée par un autre participant du groupe de travail. Ce processus est séquentiel et ne permet qu’une édition à la fois. Néanmoins, il est très adapté pour les modifications de type corrections syntaxiques.

Fig. 7 : Validation des modifications d’une Proposition, le participant peut accepter, rejeter ou modifier la modification soumise par le participant précédent.


4.5.4 Le mode avec amendement

La co-écriture se fait en parallèle, chaque participant modifie la proposition de son côté sans connaître les modifications des autres. Ces modifications seront donc mises en concurrence.

À échéance de l’itération, les amendements seront mis au vote selon le scrutin du jugement majoritaire détaillé ci-après.

Les participants votent les amendements proposés les uns contre les autres et contre la version d’origine, uniquement lorsqu’ils portent sur les mêmes parties de la proposition, où ont la même intention.

L’usage de ce mode de scrutin permet d’obtenir le consensus.

Une fois le vote sur les amendements réalisés, Nova-Ideo détermine les modifications ayant fait consensus et les applique. Il crée une nouvelle version de la proposition et la soumet au groupe pour vote sur la publication ou le démarrage d’une nouvelle itération de travail.

Le jugement majoritaire est un mode de scrutin issu des travaux de recherche de Rida Laraki et Michel Balinski [7], il est clairement expliqué par David Louapre sur sa chaîne YouTube « Science étonnante » [8].

Ici, Nova-Ideo demande à chaque participant de donner à chaque amendement, dont le texte d’origine, une mention allant de « Excellent », « Très bien », « Bien », « Assez bien », « Passable », « Insuffisant » à « À rejeter ». Nova-Ideo calcule la médiane des mentions reçues par chaque amendement est conserve celui ayant la meilleure mention majoritaire. Nous avons ainsi un consensus permettant à la fin de chaque tour de générer une nouvelle version de la proposition.

Fig. 8 : Jugement majoritaire des amendements d’une Proposition.


4.6 Le soutien ou rejet des contenus

Lorsqu’une idée, une proposition ou une réponse à une question est publiée, tous les membres peuvent la soutenir ou la rejeter. Mais encore une fois, Nova-Ideo utilise une astuce « sociale », la rareté des jetons de soutien. Ainsi chaque membre possède 7 jetons qu’il peut placer pour soutenir ou rejeter un contenu. S’il a utilisé tous ses jetons, il doit alors faire des arbitrages et déplacer certains de ses jetons pour les allouer à d’autres contenus. Nova-Ideo enregistre ces déplacements, et permet ainsi de voir l’évolution des soutiens. Cela permet par exemple de trouver des saisonnalités dans les soutiens. Le soutien se fait en utilisant les boutons de type ascenseur situés à gauche des contenus.

4.7 Les avis des comités de pilotage

Nova-Ideo permet de gérer des comités de décision, qui peuvent se prononcer sur la mise en application des propositions. Pour cela, le comité classe les propositions ou idées selon par exemple leur nombre de soutiens, puis il se prononce et publie son avis.

Nova-Ideo propose différents algorithmes de tri qui peuvent utiliser l’historique des soutiens.

Une fois sa décision prise, le comité publie son avis sur les contenus, ce qui se matérialise par un feu tricolore.

5. Le code et les contributions

Le projet est issu de la preuve de concept de la thèse d’Amen Souissi « Modélisation centrée sur les processus métier pour la génération complète de portails collaboratifs » publiée sur HAL à l’adresse [9]. L’historique du développement de Nova-Ideo a été présenté lors des journées Pyconfr 2015 à Pau [10].

Vous pouvez contribuer à l’évolution de Nova-Ideo et proposer vos idées d’amélioration en vous inscrivant sur evolutions.nova-ideo.com qui est bien sûr une instance de Nova-Ideo.

Conclusion

Nova-Ideo est une application riche qui fait confiance à la volonté des uns et des autres à collaborer, or la démocratie participative ou l’innovation participative de sont pas qu’affaires d’outil et il faudra encore beaucoup d’expérimentation sociale avant de trouver les bons ressorts pour que chacun s’exprime et soit entendu, mais on peut penser qu’avec l’amélioration de la connaissance des fonctionnements des groupes humains, de nouvelles solutions soient apportées, et qu’un jour l’holacratie [11] ne soit pas juste un concept.

Références

[1] http://lqdn.fr/node/10118
[2] https://ogptoolbox.org/fr/tools/7873
[3] cf. 8min de https://youtu.be/Adm-8rNBrCU
[4] http://www.cornu.eu.org/texts/guide-de-l-animateur
[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Mythe_du_mois-homme
[6] http://ebook.coop-tic.eu/francais/wakka.php?wiki=CommentProduireUnDocumentAPlusieursCentai
[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/Jugement_majoritaire
[8] https://youtu.be/ZoGH7d51bvc
[9] https://ori-nuxeo.univ-lille1.fr/nuxeo/site/esupversions/40ca4edc-ad93-4fbe-b70e-eb1b33b50e6a
[10] http://video-pyconfr2015.paulla.asso.fr/112_-_Michael_Launay_-_Nova-Ideo,_une_boite_a_idees_collaborative.html
[11] https://fr.wikipedia.org/wiki/Holacratie

Michaël LAUNAY

La seconde partie de cet article sera publiée prochainement sur le blog, restez connectés 😉

Retrouvez cet article (et bien d’autres) dans Linux Pratique n°101, disponible sur la boutique et sur la plateforme de lecture en ligne Connect !